Thomas Fiutak, on ne le présente plus aux médiateurs car ils savent, eux, faire la roue, du moins celle de Fiutak. Mais nous le faisons pour nos visiteurs non avertis : Thomas Fiutak a notamment schématisé le cours que peut prendre une médiation-type sous la forme d’une roue dite “roue de Fiutak”, roue partagée en quatre secteurs que le médiateur et les personnes entrant en médiation parcourent au fur et à mesure du temps de médiation.

Très brève description de cette roue, en quatre quarts

Après l’introduction et la pose du cadre par le médiateur, un premier quart est dévolu à la présentation du litige par les personnes en médiation. Chacun présente son point de vue, devant l’autre et le médiateur. C’est en général un moment assez tendu.

Un second quart aborde les causes plus profondes du litige. Si les émotions de chacun sont abordées, le conflit devient plus explicite, le discours convenu cède la place à la parole authentique. Les positions très arrêtées des personnes s’effacent devant les besoins plus profonds. Les médiés peuvent alors, et c’est un premier pas nécessaire, se trouver d’accord au moins sur leurs désaccords. C’est le début d’une résolution éventuelle, qui passe par une reconnaissance mutuelle des besoins de l’autre et où peut se réaffirmer la volonté commune de sortir du conflit.

Dans le quart suivant, une phase de créativité est enclenchée, la question étant de savoir comment faire pour résoudre le différend. La créativité, soutenue par le médiateur, suppose l’absence de jugement sur les propositions ou de restrictions sur les solutions envisagées. Parfois, cette phase ranime les tensions qui semblaient apaisées ; et on repasse alors aux cases des premier et deuxième quarts.

Cette phase de créativité laisse la place au dernier quart où les parties vont choisir et définir  le « comment vraiment ». Ils vont co-construire les modalités de sortie de conflit et éventuellement de stabilisation de la suite, pour le cas où ces personnes sont amenées à se revoir. Dans cette phase où l’accord peut être formalisé, on essaie d’anticiper les difficultés de mise en œuvre de la solution adoptée.

Ça, c’est la roue de Fiutak. Mais foin de théorie :

Il y a quelques mois, nous avons vu Thomas Fiutak en vrai et il ne faisait pas la roue.

Invité par l’Association Nationale des Médiateurs, Thomas est venu en visite à Paris parler des bases de la médiation, de son expérience, de la personnalité du médiateur et l’influence de celle-ci sur le cadre et le déroulement de la médiation ; il a notamment évoqué l’arène dans laquelle selon lui le médiateur entre lorsqu’il débute une médiation. 

Cette journée de formation a été l’occasion pour les médiateurs présents de “décortiquer” leur posture et constater aussi les écarts de positionnements ou méthodes de travail entre médiateurs, ceci confortant le fait que la tenue du cadre et la posture sont propres à chaque médiateur. 

Thomas Fiutak a partagé ses questionnements et les différentes stratégies du médiateur pour offrir une posture de tiers la plus efficace possible aux personnes engagées dans une démarche de médiation. Avec humilité, il a questionné sa pratique en exposant des médiations très différentes et confirmé qu’il n’y a pas de recette miracle en médiation. L’écoute des personnes est au coeur de la démarche et doit guider l’accompagnement des personnes. 

Pour nous, formés sur les bancs du CNAM et lecteurs du “Médiateur dans l’arène” (publié chez Eres), c’est un grand honneur de pouvoir croiser la route de cet enseignant de l’Université du Minnesota et médiateur expérimenté, équivalent d’Albert Einstein pour les apprentis physiciens ou de Benjamin Millepied pour les petits rats de l’opéra. 

Des Gilets Jaunes dans l’arène ?

Un Deux Tiers a pu l’approcher de près, en assurant la traduction simultanée de cette journée par l’intermédiaire de Natacha Waksman (l’expérience diplomatique de notre présidente peut servir dans de multiples circonstances) mais également en donnant à Thomas Fiutak l’occasion de se frotter aux mouvements sociaux de l’Hexagone. 

Ce samedi de décembre dernier, à la faveur d’une pause sur le temps de formation, Thomas Fiutak avait pu entrevoir ses premiers gilets jaunes. Le quartier très central où nous nous trouvions s’est retrouvé bouclé en quelques minutes et nous avons été exfiltrés car les manifestants circulaient nombreux et les commerçants brusquement fermaient boutique. 

Il avait alors été rapidement question de médiation(s) dans le contexte pré-Grand Débat National et ceci sans qu’un cadre praticable ou une arène raisonnable ne puissent être définis ou même envisagés, sans donc qu’une quelconque roue ne se dessine, faute de médiés consentants.

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