Elle est partout : “la bienveillance au travail”, “devenir un manager bienveillant en X points clés”, “pour une parentalité bienveillante” …  Nous entendons tout le temps ce terme et force est de constater, nous ne pouvons plus l’entendre.

La bienveillance, nouvelle formule magique ?

Il semblerait qu’on ait trouvé LE remède miracle à tous vos problèmes. Pour apaiser les relations, il faudrait porter un regard bon et indulgent sur vos collègues de bureau, vos enfants, vos parents, votre conjoint… et la magie opèrerait.

Les articles fleurissent pour donner des conseils au manager et le transformer en un leader bienveillant. Des fiches sont rédigées, disponibles en ligne, qui garantissent de devenir de super parents qui sauront éveiller leurs enfants grâce à une attitude bienveillante. Des chartes de bonne conduite sont établies entre voisins bienveillants et vigilants.

Cette orientation nous réjouirait si nous ne sentions pas la contestation gronder, les mains se crisper, les sourcils se hausser, le soupir se profiler.  

Pourquoi la bienveillance pose problème

Littéralement, la bienveillance signifie une disposition favorable à l’égard de quelqu’un. Etymologiquement, on peut y voir le croisement de bene (“bien”) et volens (“en voulant”) qui traduit une intention, une volonté d’être bon. Dès lors, dans une démarche éthique où, au delà du sentiment – positif, négatif ou neutre – que peuvent nous inspirer une personne ou des circonstances, il faudrait se montrer exemplaire. La bienveillance devient une injonction: elle se charge d’un aspect moralisateur lourd à porter.

Lourd, encombrant et difficile à incarner. Dans notre pratique professionnelle, nous rencontrons des personnes souffrant de cette bienveillance affichée qui ne trouve pas sa traduction dans le réel. Dissonance insupportable entre les principes posés par une direction et les relations de travail au quotidien. Manager pris entre le marteau de la productivité et l’enclume des “valeurs” qu’on lui demande de porter, c’est le  “double bind” bien identifié par les chercheurs de Palo Alto. Afficher la bienveillance sans l’incarner mine la confiance des collaborateurs dans leur structure et peut alimenter de l’amertume.

Enfin, la bienveillance interprétée comme une communication exclusivement positive où ne serait dit que ce qui est et va bien (et entendez: glisser sous le tapis tout ce qui est insatisfaisant) ne rend pas service aux personnes. Elle frôle la démagogie et l’hypocrisie. Elle empêche les retours d’expérience et la résolution durable des problèmes. Elle séduit ceux qui y voient un moyen d’éviter les conflits. Mais les conflits, c’est comme le naturel, chassez-les et ils reviennent au galop !

Alors à bas la bienveillance ?

Bien sûr que non. Elle reste une vertu dès lors qu’on revient à son essence. Si on la vit comme un veilleur, qui accueille  ce qui est dit avec curiosité, sans interprétation, sans jugement, avec empathie. En écoute active. Une posture plus facile à incarner pour une personne  extérieure au contexte appréhendé et sachant résister aux habitudes. Parole de tiers !

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