Booba-Kaaris, (2/3) A quoi sert un procès si chacun reste bloqué sur ses positions ?

Booba Kaaris bras de fer
© Hilaire

Le tribunal correctionnel de Créteil a sobrement annoncé son verdict le 9 octobre 2018, sans aucun smartphone pour filmer la scène. Booba et Kaaris ont été reconnus coupables de violences volontaires, de destruction et de dégradation. C’est bien la fin du procès, mais est-ce la fin du conflit entre les deux rappeurs ? Probablement pas.

Certes, la justice s’est penchée sur leurs actes, les a sanctionnés, avec un jugement suffisamment sévère (18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende), ce qui pourrait dissuader les deux hommes de récidiver.  Mais cette procédure judiciaire les a t-elle rendus capables de se reparler ? L’ordre a été rétabli, mais la relation humaine n’a probablement pas évolué. Il aurait fallu pour cela les amener à dépasser les positions qu’ils défendent et explorer leurs intérêts, leurs sentiments, leurs besoins et valeurs sous-jacents.

Ce n’est sans doute pas le travail d’un juge, mais c’est en revanche le coeur de métier d’un médiateur.

Tenir sa position, coûte que coûte, au prix de la relation

Que se passe-t-il quand deux ou plusieurs personnes sont en conflit ouvert ? Le plus souvent, chacune va défendre sa position. C’est-à-dire mettre en avant ses arguments, sa perception de la situation. « Les choses se sont passées comme cela … », « il a commencé… », « moi je ne voulais pas, mais lui… », « je veux,.. il me doit …».

Au fur et à mesure que le conflit se développe, les positions se durcissent. Comme le souligne la médiatrice Claire Bonnelle dans La dynamique du conflit (éditions Eres, 2016), “La construction des justifications provoque un renforcement des certitudes; or, qui dit renforcement des certitudes, dit renforcement du conflit.”

Dans une telle situation, un juge entend les deux parties (ex-conjoints, salarié et hiérarchique, voisins, héritiers, … ) ou leurs avocats, puis tranche au regard des faits et du droit. Le juge est un tiers  qui prend une décision qui s’impose aux parties. Pour autant, les positions des protagonistes peuvent ne pas bouger d’un iota, pas plus que leur compréhension de ce qui les oppose ou comment ils ont pu en arriver là.

Faire s’exprimer les ressentis pour dépasser le litige

Toujours selon C. Bonnelle, “Le médiateur lui, va inviter les personnes à quitter la rationalisation pour aller vers la prise en compte des ressentis. Il est un tiers qui vise l’expression des sentiments et des motivations, la reconnaissance mutuelle”.

Cette prise en compte des ressentis est essentielle pour que les personnes en conflit aient une chance d’en sortir. Par exemple, exprimer sa colère dans le cas d’un licenciement ressenti comme une humiliation peut aider à passer à autre chose. Ou, dans le cas de Booba et Kaaris, pourrait-on faire l’hypothèse que faire entendre à l’autre sa “rage”, sa “haine”, son sentiment de trahison quand la relation amicale s’est rompue, permettrait d’éviter de se figer dans un statu quo ou de surenchérir ? Le médiateur, empathique, formé à l’écoute active, peut accompagner chacun et l’inviter à mettre des mots sur ses émotions et créer les conditions pour que l’un entende ce que l’autre a vécu. Peu à peu une histoire commune, même si elle reste vécue différemment, va apparaître. Il y aura sans doute moins de confusion entre les personnes, elles seront au moins d’accord sur leur désaccord. Le médiateur va pouvoir poursuivre son travail et soutenir leur recherche de solutions au conflit, un nouveau modus vivendi, voire un accord entre les deux parties.

Du clash médiatisé à l’empowerment silencieux

Une médiation réussie ne conduit pas forcément à une réconciliation entre deux adversaires. Mais elle va plus loin qu’un cessez le feu qui fige la ligne de front entre deux belligérants ou qu’un jugement qui tranche un différend par une solution qui s’impose à eux. Elle permet, dans un cadre sécurisé, de redonner à chacun la capacité d’interagir pacifiquement et de trouver des solutions de manière autonome. Ce que les nord- américains nomment “empowerment”. Ni victoire, ni défaite, ni punition, mais une participation commune à la solution du litige et une coexistence redevenue possible, les deux personnes étant finalement “mieux” séparées.

Il est encore possible à Elie Yaffa (B2O) et Okou Gnakouri (K2A) de s’engager dans une médiation, tourner la page des “clash” et se tourner vers un “empowerment” plus fertile humainement et qui sait, artistiquement ?

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