« De la médiation ? Moi, j’en fais tous les jours à mon travail ! »

 

Depuis que nous exerçons dans divers champs (de batailles !) que sont famille, voisinage, institutions, départements et services… , nous répondons « médiation » à la question parfois anodine, souvent classique « Et vous, que faites-vous ? ».

La plupart de nos interlocuteurs glissent que c’est intéressant et qu’il y a bien besoin de médiation ; nous ne pouvons qu’abonder.

Et certains affirment sans hésiter, que la médiation, ils voient bien ce que c’est, et que d’ailleurs, ils en font tous les jours à leur travail.

Certes. Comme le titre de médiateur – mis à part le titre de médiateur familial – n’est pas réglementé ou protégé, c’est bien celui qui s’affirme médiateur qui l’est.

Et c’est là que nous nous interrogeons sur la pérennité ou la santé de l’interlocuteur-médiateur qui s’interpose, s’improvise, se laisse entraîner.

Lorsque la conversation s’installe, il relate des situations où deux équipes réussissaient à faire échouer un projet, où deux collègues ne se parlaient plus, où un projet pourtant simple et bénéfique ne sortait pas car les agents d’une communauté de commune ne pouvaient se résoudre à satisfaire des élus…

La situation conflictuelle lui est apparue : il en a souffert de loin, il en a entendu parler, il l’a eue sous les yeux, il l’a sentie venir, on la lui a rapportée ; puis il a écouté, entendu l’un et l’autre, les arguments des uns et des autres, fait le pont, le lien, le ping-pong entre les acteurs du conflit, les parties au conflit.

De nombreux litiges se résolvent quotidiennement grâce à l’implication de personnes, de témoins se trouvant sur place sans être touchés eux-mêmes par le conflit ; certains humains ont le goût, la patience, l’envie, le temps, l’art d’appréhender les conflits.  Et ce d’autant plus qu’il leur semble que le conflit touche seulement les autres ou bien plus plus les autres qu’eux-mêmes.

Des questions surgissent pour les médiateur que nous sommes : Y a-t-il eu liberté de ces acteurs du conflit sur cette démarche ? Y a-t-il eu égalité de place pendant ? Y a-t-il eu réflexion sur le périmètre véritable du conflit, invitation à toutes les parties agissantes ou impliquées ? Le médiateur a-t-il été neutre, a-t-il été « ni pour l’une, ni pour l’autre partie, mais pour les deux » ? A-t-il laissé aux parties, durant la démarche, la liberté d’y rester ou d’en partir ? S’est-il laissé cette liberté ? A-t-il laissé aux parties la liberté de leur solution ? La confidentialité a-t-elle assurée ? L’espace de dialogue offert aux parties en présence a-t-il été sécurisé notamment par cette confidentialité ? Puis, dans le déroulé du processus, les parties ont-elles pu tomber d’accord sur le désaccord dans un premier temps ? Les solutions (comment faire) ont-elles été menées jusqu’au bout dans leurs modalités (faire comment vraiment) ?

Ces questionnements mettent en exergue quelques qualités et conditions requises pour qu’un tiers indépendant – ni négociateur, ni conciliateur, ni aviseur, ni juge, ni partie, ni patron, ni maître (ni dieu) – et le cadre que ce tiers pose puissent contribuer à faire médiation.

Il apparaît qu’au travail, dans la structure ou l’institution à laquelle appartient cet interlocuteur, son savoir-faire, son savoir-être, utiles, permettent de résoudre certains litiges. Nous gardons néanmoins à l’esprit qu’un médiateur sans cadre, notamment un individu qui se pose en sauveur dans un conflit, prend le risque de devenir bouc émissaire.

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